
Le glyphosate reste l’herbicide le plus vendu au monde, y compris au Portugal où son cadre réglementaire a sensiblement évolué ces dernières années. La modification du décret-loi n° 101/2009 a introduit une séparation nette entre usage professionnel et usage domestique, ce qui change radicalement les conditions d’achat selon le profil de l’acheteur. Avant de passer commande depuis l’étranger ou sur place, plusieurs vérifications s’imposent pour éviter une acquisition non conforme.
Décret-loi n° 101/2009 modifié : ce que le texte portugais autorise réellement
Le cadre juridique portugais repose sur le décret-loi n° 101/2009, amendé pour aligner la législation nationale sur le règlement européen (UE) 2023/2660 qui a renouvelé l’autorisation du glyphosate dans l’Union européenne. Le texte distingue deux catégories d’utilisateurs.
Pour les professionnels agricoles disposant d’une certification phytosanitaire valide, l’achat et l’application de produits à base de glyphosate restent légaux. Les exploitations viticoles de l’Alentejo ou les oliveraies du Trás-os-Montes continuent d’y recourir dans le cadre de programmes de désherbage encadrés.
En revanche, la vente de glyphosate aux particuliers pour un usage domestique est interdite au Portugal. Cette restriction concerne aussi bien les jardineries physiques que les sites de vente en ligne portugais. Un particulier français qui tenterait de commander un bidon de glyphosate 360 auprès d’un distributeur portugais en ligne se heurterait donc à cette barrière réglementaire, à moins de justifier d’un statut professionnel reconnu.
Avant toute démarche, il convient de vérifier que le vendeur exige bien une preuve de qualification professionnelle. Un site qui expédie sans poser de question sur le statut de l’acheteur opère en dehors du cadre légal portugais. Pour ceux qui souhaitent acheter du glyphosate au Portugal dans les règles, cette vérification constitue le premier filtre de fiabilité.

Glyphosate et importation en France : risques juridiques concrets
Même si un produit est acheté légalement au Portugal avec un statut professionnel valide, son importation en France pose un problème distinct. La France interdit la vente de glyphosate aux particuliers depuis 2019 et restreint fortement son usage professionnel. Importer un produit phytosanitaire non homologué en France expose à des sanctions pénales.
Les enquêtes menées par l’Office français de la biodiversité (OFB) ont mis en lumière un trafic régulier de produits phytosanitaires achetés dans la péninsule ibérique et revendus en France via des plateformes comme eBay ou Rakuten. Des condamnations ont été prononcées contre des revendeurs qui expédiaient depuis l’Espagne ou le Portugal des bidons de glyphosate vers des particuliers français.
Le produit acheté doit correspondre à une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) pour être utilisé légalement sur le territoire français. Un glyphosate 360 homologué au Portugal sous une marque locale ne dispose pas automatiquement de cette AMM française.
Points de contrôle avant commande
- Vérifier que le produit figure dans la base e-phy de l’Anses, qui recense toutes les AMM valides en France
- S’assurer que le vendeur portugais demande un justificatif de certification phytosanitaire (Certiphyto ou équivalent européen reconnu)
- Contrôler que l’étiquetage du produit comporte les mentions obligatoires dans la langue du pays d’utilisation, conformément au règlement européen CLP
- Confirmer que la concentration indiquée (souvent 360 g/L) correspond bien à la formulation autorisée et non à un produit contrefait ou surdosé
Situation réglementaire portugaise en 2024-2025 : municipalités et exceptions
Le Portugal présente une particularité : la coexistence de politiques locales contradictoires. La ville de Porto a banni le glyphosate de ses espaces publics. La Région autonome des Açores a adopté le décret législatif régional n° 28/2020/A pour interdire son usage dans les espaces publics de l’archipel.
Malgré ces initiatives locales, un retour partiel du glyphosate dans certains espaces publics portugais a été observé fin 2024. Certaines municipalités ont réintroduit l’herbicide à titre exceptionnel, arguant de l’absence d’alternative efficace à coût comparable pour l’entretien des infrastructures routières et ferroviaires.
Cette mosaïque réglementaire complique la lecture pour un acheteur étranger. Un produit disponible dans une coopérative agricole de l’Algarve peut être interdit d’usage dans l’espace public à quelques kilomètres, dans une commune voisine ayant adopté une politique zéro-phyto.

Ventes de glyphosate en Union européenne : le paradoxe des volumes
Le contexte européen éclaire la situation portugaise. Malgré les discours politiques sur la réduction des pesticides et les objectifs affichés par la stratégie Farm to Fork, les ventes de glyphosate en Union européenne ont augmenté de plus de 44 % entre 2015 et 2024. Ce décalage entre ambitions réglementaires et réalité commerciale explique en partie pourquoi le marché reste aussi actif dans les pays du sud de l’Europe.
Le Portugal, l’Espagne et l’Italie constituent des marchés où la demande agricole professionnelle maintient des volumes de vente élevés. Les coopératives agricoles portugaises proposent des conditionnements adaptés aux exploitations de taille moyenne, avec des prix généralement inférieurs à ceux pratiqués en Europe du Nord.
Pour un acheteur professionnel français, la question n’est donc pas tant la disponibilité du produit au Portugal que sa conformité avec le cadre français à l’arrivée. Un glyphosate acheté légalement à Lisbonne devient un produit illicite dès qu’il franchit la frontière sans AMM française valide.
Concentration et formulation : distinguer glyphosate acide et sel
Les produits vendus au Portugal affichent des concentrations variées. La formulation la plus courante, le glyphosate 360, contient 360 grammes de substance active par litre sous forme de sel d’isopropylamine. D’autres formulations plus concentrées existent sur le marché ibérique.
La concentration en glyphosate acide équivalent est le seul indicateur fiable pour comparer deux produits. Un bidon étiqueté « 450 g/L » peut contenir moins de substance active réelle qu’un « 360 g/L » si la forme chimique diffère. L’étiquette doit mentionner la teneur en acide équivalent, pas seulement la teneur en sel.
Un produit contrefait ou reformulé artisanalement présente des risques sanitaires et environnementaux accrus. Les saisies effectuées par les douanes françaises et l’OFB ont révélé des bidons dont la composition réelle ne correspondait pas à l’étiquetage, avec des adjuvants non autorisés en Europe.
Le marché portugais du glyphosate reste accessible aux professionnels qualifiés, mais chaque étape de la chaîne d’achat mérite une vérification rigoureuse. La conformité du produit, le statut de l’acheteur et la légalité de l’importation dans le pays de destination forment trois filtres distincts qu’aucune facilité d’achat en ligne ne dispense de vérifier.